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  • Véronique Borgel-larchevêque

La maltraitance psychologique

Dernière mise à jour : 31 mai 2021

On peut distinguer quatre formes de maltraitance :

- La maltraitance physique

- Les violences sexuelles

- La maltraitance psychologique

- Les négligences lourdes


Je vais vous parler dans cet article de la maltraitance psychologique. Les maltraitances sont en général abordées en fonction du public touché : enfants, femmes, personnes âgées, patient.es, personnes porteuses d’un handicap. J’essaierai ici de compiler les informations afin de vous donner la définition la plus claire et précise possible.



Qu’est-ce que la maltraitance psychologique ?


La maltraitance psychologique va souvent de paire avec d’autres formes de maltraitance. En effet elle est généralement associée aux maltraitances physiques (peur des coups, insultes, humiliations…). Cependant la maltraitance psychologique peut intervenir seule, sans autres formes de maltraitance. C’est une forme de violence répétée et soutenue, qui s’insinue dans la vie de la personne maltraitée. Elle est tout aussi condamnable, mais peut être plus difficile à déceler.


La maltraitance psychologique est un moyen pour la personne maltraitante d’exercer du pouvoir sur celle qu’elle maltraite. L’objectif est de s’approprier l’autre et de lui signifier qu’iel lui appartient. Il peut bien entendu y avoir d’autres raisons à cette maltraitance. Cependant il ne faut jamais oublier que la maltraitance, psychologique ou autre, est un moyen de se sentir plus puissant.e en diminuant l’autre. Jusqu’à complètement nier l’autre dans sa personne et son individualité.


Selon l’American Professional Society of the Abuse of Children, il existe six formes de maltraitance psychologique pouvant toucher l’enfant (et pouvant aussi toucher l'adulte, à mon avis):

- Le rejet actif : non-reconnaissance de la légitimité des demandes

- Le dénigrement : dépréciation et dévalorisation (humiliations, etc)

- Le terrorisme : création d’un climat menaçant, hostile ou imprévisible (agression verbale, menaces, etc)

- L’isolement-confinement : couper la personne de ses contacts sociaux habituels en l’amenant à croire que la seule personne de confiance est celle qui la maltraite

- L’indifférence, voire rejet, face aux demandes affectives

- L’exploitation ou la corruption valorisant les comportements anti-sociaux et déviants de la personne maltraitée, exigences non adaptées à l’âge et au développement de l’enfant



Comment détecter la maltraitance psychologique ?


Le retentissement de la maltraitance psychologique sur le développement psycho-affectif de la personne peut être aussi grave que les conséquences des violences physiques.


Nous avons vu qu’elle pouvait être difficile à détecter. De l’extérieur, mais pour la personne maltraitée aussi. En effet, certaines maltraitances peuvent être banalisées, normalisées, parfois relativisées face à d’autres maltraitances. Une personne maltraitée pourra penser que ce qu’elle vit n’est pas si grave comparé à ce que vit une autre personne. Pourtant la maltraitance psychologique ne s’évalue pas avec une échelle de valeur ; elle est individuelle et peut être ressentie différemment en fonction du vécu de chacun.e.


Il existe quelques signaux qui peuvent éveiller la suspicion d’une maltraitance psychologique.


Chez l’enfant, la tristesse, la crainte, le repli sur soi, le désinvestissement de sa scolarité, la provocation, peuvent être des signes de maltraitance psychologique. En plus de ces troubles du comportement, des troubles des conduites alimentaires peuvent aussi faire penser à d’éventuelles maltraitances psychologiques. Enfin, un enfant qui refuse de rentrer chez lui, qui fugue, qui exprime une certaine peur des adultes, peut aussi être victime de maltraitance psychologique.



Retentissement de la maltraitance


La maltraitance psychologique a un impact sur la personne maltraitée. Les conséquences des maltraitances sont multiples et variées.


D’abord, voici une liste des conséquences possibles de la maltraitance psychologique sur la personne maltraitée elle-même :

- Troubles attentionnels

- Troubles du sommeil : difficultés d’endormissement, insomnies, somnolence…

- Troubles somatiques : maux de dos, troubles du transit, douleurs chroniques…

- Reviviscences, sensation de mort imminente, dissociations : ces troubles peuvent être les symptômes d’un syndrome de stress post-traumatique

- Troubles de l’humeur : troubles anxieux, troubles dépressifs

- Troubles mnésiques de type amnésies, « trous noirs »

- Image de soi détériorée, sentiment de culpabilité

- Niveau d’exigence démesuré

- Difficulté à gérer son quotidien

- Troubles des conduites : comportements à risques, comportements agressifs, troubles des conduites alimentaires, addictions, mise en danger de soi, automutilations.


Voici maintenant une liste des conséquences possibles de la maltraitance psychologique sur le rapport à l’autre et à l’environnement :

- Hypervigilance, évitement : ces troubles peuvent être les symptômes d’un syndrome de stress post-traumatique

- Isolement, repli sur soi, perte ou absence d’intérêt pour les relations sociales

- Sentiment d’être différent, hors normes, sentiment ou peur d’être rejeté

- Peu ou pas de confiance en l’autre

- Sentiment d’injustice, besoin de réparation



Que faire en cas de maltraitance psychologique ?


En cas d’urgence :

- 17 : Police secours, depuis la France (téléphone fixe ou mobile)

- 112 : Numéro d’urgence européen, depuis un pays européen ou un téléphone mobile

- 114 : pour envoyer un SMS gratuitement si vous êtes dans l’impossibilité de parler (la communication se fera alors par SMS)

Si vous êtes victime de maltraitance, ou que vous pensez l’être, ou que vous connaissez quelqu’un dans cette situation, vous pouvez contacter les numéros et associations suivants :

- Numéro vert d’Enfance et Partage : 0800 05 1234

- 119

- Messagerie instantanée pour signaler une violence conjugale, sexuelle ou sexiste : https://www.service-public.fr/cmi


La maltraitance psychologique, par définition, engendre une souffrance psychologique qui peut se traduire par différents retentissements (cf. paragraphe précédent). Elle nécessite donc une prise en charge psychologique. Que ça soit au moment où l’on est maltraité.e ou même plus tard. Il n’est jamais trop tard pour démarrer une prise en charge psychologique. Il est important d’avoir la possibilité d’exprimer son ressenti (passé ou présent), de mettre les mots sur votre vécu, d’être entendu dans votre souffrance, sans jugement.


Il existe plusieurs manières de désamorcer la mémoire traumatique, c’est-à-dire de l’inscrire dans votre histoire et votre temporalité. Cela permet à vos souvenirs traumatiques de ne plus revenir constamment sans être sollicités. Ainsi les symptômes de stress post-traumatiques diminueront puis disparaitront. Au cours de votre prise en charge psychologique, il s’agira ainsi d’apaiser votre souffrance psychique et les symptômes pouvant y être associés.


Différentes techniques de psychothérapies existent pour prendre en charge les personnes souffrant ou ayant souffert de maltraitance psychologique. Elles peuvent se compléter entre elles. C’est à la personne consultant de trouver la ou les techniques qui lui seront mieux adaptées. Il est important de consulter un.e psychologue clinicien ou psychothérapeute autorisé.e à détenir ce titre et formé.e ou au moins suffisamment informé.e sur la spécificité des symptômes liés à la maltraitance psychologique.



Sources :

- HAS

- OMS

- L’Enfant bleu

- CIDFF Gironde

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