Parentalité: le devenir parents

Introduction

Être psychologue spécialisée en périnatalité, c’est s’intéresser aux parents en devenir, à celles et ceux qui souhaitent devenir parents, à celles et ceux qui ne le souhaitent pas. C’est aussi accompagner les familles, les mères et les pères, dans leur cheminement, les aider et les soutenir dans leurs questionnements et leurs démarches.

Dans ma pratique de psychologue spécialisée en périnatalité, j’accompagne les personnes qui viennent me consulter en individuel et en groupe, par le biais d’ateliers de préparation à la parentalité notamment. Pour en savoir plus sur ma pratique, je vous invite à visiter mon site ici.

La parentalité est un sujet dont on parle de plus en plus depuis les années 2000. Il semble désormais plus facile d’évoquer ses difficultés et ses questionnements en tant que parent, en tant que mère ou en tant que père, et de nombreux.ses professionnel.les ont développé diverses méthodes de prise en charge et de soutien de la parentalité.

Dans cet article, je vais tenter de donner une définition précise de la parentalité, en m’appuyant sur différentes approches psychologiques et sociologiques. Je relèverai ensuite les difficultés que peuvent rencontrer les parents et les ressources qui sont à leur disposition.

 

Définition de la parentalité

La définition que donne le site Wikipedia de la parentalité peut vous donner une première idée de ce que signifie ce terme. Vous verrez déjà comme il peut être difficile à définir, notamment parce qu’il est utilisé dans différents champs de pratiques (psychologie, sociologie…).

Je vais d’abord définir la parentalité selon ces différentes pratiques et approches puis je ferai une synthèse de ces définitions afin d’avoir une idée globale de ce que peut signifier et représenter la parentalité.

Dans le champ de la psychanalyse, la définition de la parentalité s’appuie sur la théorie du développement psychosexuel. En psychanalyse, les thérapeutes estiment qu’une difficulté associée à la parentalité trouve son origine dans un trouble du développement psychosexuel. La parentalité serait un stade du développement que tout le monde doit atteindre. Ainsi nous voudrions tous et toutes devenir un jour père ou mère. Ils proposent alors une analyse psychopathologique de ce trouble en s’appuyant sur l’interprétation intrapsychique des problèmes. Nous voyons que cette définition ne peut pas être acceptée telle quelle. Elle part du principe que toute personne souhaite inconsciemment devenir parent un jour, et que ne pas le devenir est un trouble du développement : c’est une limite très importante de la définition psychanalytique de la parentalité, et qui mérite donc d’être définie autrement. Cependant il faut connaître cette définition car elle est à la base des autres définitions et évoque un point important de la parentalité : l’idée du « devenir » père ou mère, et l’idée que c’est un rôle qui se développe.

L’approche psycho-éducative s’appuie sur la littérature scientifique et sur les recherches en psychologie du développement, en neurosciences, et en psychologie de la santé. Elle met en lien les pratiques parentales, les problèmes de santé et les troubles de comportement des enfants. Il a en effet été observé que les problèmes de santé physique, psychique et sociale sont liés en partie à l’éducation et à l’entourage familial. C’est là que l’on parle d’accompagnement à la parentalité dans le cadre politique : il relève d’une politique d’état de tout mettre en œuvre pour donner à chacun et chacune les mêmes chances. S’il est fait le constat qu’un comportement parental peut engendrer un problème de santé particulier, il faut trouver le moyen d’enrayer ce comportement, de le modifier, afin de ne plus rencontrer ledit problème de santé. L’approche psycho-éducative a donc permis de mettre en place des programmes d’intervention dans le but d’améliorer les pratiques parentales et de prévenir l’apparition de certains problèmes de santé. Deux objectifs cohabitent ici : améliorer le bien-être de la famille (des enfants, de la mère, du père) et prévenir les problèmes de santé ou de comportements (de l’enfant ou du parent).

Cette vision réductrice se doit d’être tempérée. Certes elle apporte des notions importantes dans la définition de la parentalité et son accompagnement. Cependant elle ne prend pas en compte l’environnement autre que parental. Or on sait que les problèmes de santé et de comportement sont multifactoriels. De plus, il peut être risqué de proposer des programmes d’accompagnement à la parentalité standardisés où l’unicité de chacun et de chacune ne serait pas prise en compte. Il est important de s’adapter aux besoins, aux possibilités et au vécu de chaque famille afin de leur proposer un accompagnement le plus adapté possible.

Entre 1993 et 1998, un groupe de travail commandé par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité s’est réuni afin de répondre aux problèmes que les professionnel.les de la Protection de l’enfance pouvaient rencontrer avec les parents pour travailler avec leurs enfants. Il en a émergé une définition pluridisciplinaire de la parentalité : l’exercice, la pratique, et l’expérience d’être parent. La définition se veut alors à la fois juridique, concrète (le soin et l’éducation) et plus subjective (dans le vécu du lien avec l’enfant). On voit alors se glisser, à côté de la définition issue de la psychanalyse, des références à d’autres disciplines (Droit, sociologie, psycho-éducation, psychologie du développement).

Cette définition permet d’introduire le fait que les parents ne sont pas nécessairement responsables des dysfonctionnements de leur parentalité, et de l’éducation et du bien-être de leurs enfants. Les parents (père et/ou mère) ne doivent plus être punis, mais aidés et soutenus. L’objectif est de redonner leur place aux parents, place qui a été trop longtemps retirée ou partagée par les services sociaux. Désormais les professionnel.les ne sont plus seulement des expert.es : ils et elles accompagnent les parents, dans une relation d’aide horizontale où l’un.e n’est pas supérieur.e à l’autre. Comme dans toute relation d’aide, et comme dans le suivi psychologique que je propose, il s’agit ici de se garder de tous jugements moraux qui font ressortir des carences et les défaillances des parents. Ici, on va plutôt s’appuyer sur leurs forces et leurs différences afin de développer une relation saine entre les parents et leurs enfants.

Petit à petit, la parentalité devient un terme générique illustrant l’évolution de la famille et de sa structure. Le mot parentalité se décline : on parle de monoparentalité, d’homoparentalité, de pluriparentalité et de coparentalité, de parentalité isolée, de parentalité adoptive, et de parentalité recomposée. Ces nouveaux usages de la parentalité prennent enfin en compte le vécu de chaque parent et leur donne ainsi une place. Puisqu’on les nomme, ces parentalités existent et sont enfin reconnues.

Les études plus récentes en psychologie sur la parentalité ont démontré que le terme de parentalité prenait en compte à la fois les parents mais aussi les enfants : on devient parent et on devient enfant au sein d’une triade ou d’une dyade. On prend en compte la place de chacun et de chacune dans le système familial, ainsi que la place de leurs relations qui s’entremêlent.

Finalement, on peut définir le terme de parentalité comme un processus dynamique où être parent et devenir parent est fonction certes du cadre juridique et social, mais aussi de mouvements internes personnels. Ce processus engendre alors une recomposition régulière de la place de chacun et chacune dans la famille et dans l’espace social. La parentalité regroupe les différentes manières d’être parent et de le devenir.

 

Difficultés

Définir la parentalité permet de se rendre compte de la multiplicité des facteurs en jeu dans le devenir parent et l’être parent, dans l’établissement et le maintien du lien familial. Il est important que chaque parent puisse être accompagné dans son rôle, rôle qui évolue en permanence. De plus il faut que tous les questionnements soient entendus, quelle que soit leur origine, peu importe la définition de parentalité retenue.

Être psychologue spécialisée en périnatalité, c’est accompagner les personnes dans leur devenir parents. Ce processus de parentalité est en constante évolution, avec des retours en arrière, des accélérations, des stagnations. Les questionnements sont parfois multiples, parfois absents. Les personnes qui viennent me consulter dans le cadre de leur parentalité viennent souvent d’abord pour obtenir des conseils sur leur façon d’éduquer leur enfant, pour « faire mieux », pour « ne pas faire d’erreur ». Finalement je donne peu de conseils : mon objectif n’est pas que mes patient.es sortent de mon cabinet avec un livret du « bien élever son enfant afin d’en faire un adulte heureux ». Si ce livret existait et était efficace sur tous les enfants et tous les parents, notre monde irait sans doute bien mieux ! Mon objectif est que chaque parent trouve sa voie dans sa parentalité, avec son enfant. Il faut souvent passer par un retour sur le propre vécu du parent lorsqu’il était enfant, sur la vision qu’il avait et qu’il a encore du parent idéal, du parent idéalisé, du parent qu’il a connu. Il en est de même pour l’enfant intérieur de chaque parent : l’enfant passé (celui a vécu), l’enfant voulu et rêvé par ses parents, l’enfant qui aurait voulu être, etc.

Lorsque l’on vient me consulter, c’est souvent avec un problème ou une question en tête, pas forcément bien précis : « je sens que ça ne va pas », « mon fils crie tout le temps ». Il faut alors dénouer, suivre les fils entremêlés dans le psychisme des patients, afin de trouver la véritable question, ou ce qui bloque véritablement le ou la patient.e. Lorsque l’on travaille en périnatalité et que l’on accompagne les parentalités, il va de soi que l’on n’accompagne pas seulement la personne qui nous consulte mais aussi tout le système dans lequel elle a ou non sa place.

La mère qui vient me voir avec pour motif de consultation des « crises de larmes à chaque séparation avec [son] enfant de 2 ans » n’est en fait pas seule. Qu’elle soit en couple ou non. Il y a forcément d’autres personnes qui gravitent autour de cette dyade et qui peuvent avoir un impact dessus. Ces personnes, si elles sont absentes, peuvent d’ailleurs aussi avoir un impact. Les personnes qui ont vécu mais qui ne sont plus présentes peuvent avoir joué un rôle dans cette dyade. La parentalité, c’est un concept qui s’appuie sur la notion de système social. En consultation, nous réfléchissons à ce système et nous travaillons dessus.

Enfin, la parentalité questionne la place que l’on a dans la famille, donc la place dans le couple le cas échéant. Je reçois des couples en difficulté face à ce nouveau rôle de parents. Il peut être difficile d’adopter ce rôle tout en gardant celui de partenaire : le couple n’est plus seulement « couple conjugal », mais aussi « couple parental ».

 

Ressources

Il existe de plus en plus de professionnel.les qui se forment au soutien à la parentalité. Quelles que soient leur formation et leur expérience, informez-vous sur leur pratique et méfiez-vous des recettes toutes prêtes et des méthodes qui ne prennent pas en compte votre individualité.

Il existe quelques principes fondamentaux que les personnes que vous consulterez devront respecter afin de vous soutenir au mieux dans votre parentalité :

  • Les parents sont les premiers éducateurs de leur enfant ;

  • Les démarches mises en place dans le cadre du soutien à la parentalité s’adressent à tous les parents, quels que soient les configurations familiales, les caractéristiques culturelles, socio-économiques, de genre, et se font dans le respect des droits de l’enfant et de la loi ;

  • Chaque personne a une place et un rôle bien distinct (parents et professionnel.les).

 

Le principe du soutien à la parentalité est d’améliorer le bien-être des enfants et/ou des parents, et d’améliorer la communication entre eux, en agissant notamment sur les compétences parentales. L’objectif est aussi de rassurer les parents dans leur système familial et de leur redonner confiance en eux concernant leurs compétences de parents.

Le soutien à la parentalité est différent de la guidance parentale. Cette dernière a une visée thérapeutique. Les deux démarches peuvent être complémentaires. Dans les deux cas il s’agit d’un accompagnement de la parentalité: le soutien à la parentalité laisse le parent à sa place, l’observe et l’aide à trouver les clefs dans les méthodes d’éducation qu’il ou elle souhaite utiliser. La guidance thérapeutique a une visée thérapeutique en cela que les parents consultent avec un problème en tête (d’éducation, de sommeil, de comportement, de maintien du lien d’attachement, etc) concernant leur parentalité. Là, le ou la thérapeute se place en expert.e et élabore avec les parents des méthodes afin d’apporter la solution la plus adaptée possible à la situation.

Sur Bordeaux, l’Institut de la Parentalité (à Floirac) intervient de plusieurs façons dans le domaine de la Parentalité. Il propose aux professionnel.les de ce secteur des formations. Pour les parents et leurs enfants, l’Institut de la Parentalité propose aussi des permanences téléphoniques gratuites.

Si vous désirez en savoir plus sur ma formation, vous pouvez consulter ma page Linkedin ici. Dans le cadre du soutien à la parentalité et de la guidance parentale, je propose des suivis individuels ainsi que des ateliers thématiques  en groupe. Pour prendre rendez-vous, vous pouvez cliquer ici.