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  • Véronique Borgel-larchevêque

Le réflexe d'éjection dysphorique (RED)

Le réflexe d’éjection dysphorique (RED) : qu’est-ce que c’est ?


Le réflexe d’éjection dysphorique est une perturbation brutale de l’humeur au moment du réflexe d’éjection du lait (au sein, au tire-lait, ou même entre deux tétées). Les mères souffrant de RED rapportent des symptômes que l’on retrouve habituellement dans les syndromes dépressifs (tristesse, anxiété, colère) dans des intensités variées (malaise, désespoir, pensées suicidaires, agitation, colère intense, etc).


Contrairement à ce que l’on a longtemps pu penser, c’est un trouble physiologique (sans doute hormonal), et non psychologique. Il n’est pas lié à une dépression, une aversion psychologique à l’allaitement ou à un autre trouble de l’humeur.

Les causes du RED sont encore incertaines et sont le thème de recherches : on évoque comme causes probables la sécrétion de dopamine, et/ou les voies de l’ocytocine.


Pour faire court, une carence en dopamine pourrait engendrer des symptômes dépressifs tels que rencontrés lors d’un RED. Au moment du réflexe d’éjection, on observe une augmentation du taux d’ocytocine entrainant une baisse du taux de dopamine, permettant à son tour une augmentation du taux de prolactine (favorisant ainsi la lactation). Bien que cette réaction en chaîne soit normale, elle est parfois mal tolérée ou trop importante chez certaines personnes, entraînant des perturbations de l’humeur.


L’hypothèse autour des voies de l’ocytocine s’appuie sur les théories autour du syndrome de stress post-traumatique. La sécrétion d’ocytocine déclencherait une réponse-réflexe de fuite ou de combat, comme lorsque l’on est dans un état de vigilance accrue à la suite d’un traumatisme. Cette hypothèse est plus récente et il existe des études encore en cours à ce sujet. Les chercheur.euses de cette approche expliquent que le RED semble se déclencher au moment où le taux d'ocytocine est au plus bas.


Le RED dure entre trente secondes et deux minutes après le début du réflexe d’éjection.


Ne pas confondre le réflexe d’éjection dysphorique avec :

- un trouble psychologique : le RED serait plutôt un réflexe physiologique hormonal ;

- une nausée : le RED présente à la fois une manifestation physique et une composante émotionnelle ;

- une dépression post-partum ou tout autre trouble de l’humeur post-partum. Les deux peuvent coexister mais il n’existe pas de lien entre la dépression post-partum et le RED) ;

- une aversion à l’allaitement pendant une grossesse. L’aversion se produit d’ès la mise au sein, même sans réflexe d’éjection du lait.


Le réflexe d’éjection dysphorique (RED) : comment en venir à bout ?


Pour l’instant, il n’existe pas de remède au RED. Il faut dire qu’il y a peu d’études à ce sujet et que celles qui existent ne font pas consensus. Il existe cependant des astuces que des mères souffrant de RED ont rapporté. En voici quelques-unes.


D’abord, comme pour de nombreux troubles et pathologies, mettre des mots sur ce que l’on ressent peut être d’une grande aide : les mères ayant ces ressentis difficiles lors du réflexe d’éjection ne sont pas « folles », elles ne sont pas seules à le vivre, et ça n’engendre rien de grave pour leur enfant. En effet, prendre conscience du trouble que l’on a, le comprendre, et s’éduquer à ce sujet peut être l’un des meilleurs remèdes, d’autant plus lorsque l’on est accompagnée. Cet accompagnement peut par exemple se faire grâce à des associations bénévoles autour de l’allaitement, par des doulas ou des accompagnantes périnatales, ou encore des groupes de paires.


Ensuite, dans le cas où c’est le taux de dopamine trop bas qui serait la cause du RED, on peut chercher à augmenter son taux de dopamine : phytothérapie, exercice physique, sommeil répérateur et suffisant. Les pratiques visant à se relaxer (acupuncture, hypnose, musicothérapie) et à se distraire pendant les tétées (lecture, télévision, discussion…) auraient aussi leur efficacité. On peut aussi envisager de prendre un traitement inhibiteur de la recapture de la dopamine (toujours selon un avis médical), mais au risque de voir baisser son taux de prolactine (déconseillé quand on allaite, donc).

Attention d’ailleurs aux personnes qui prennent des médicaments visant à augmenter la lactation et qui risquent d’aggraver le RED!


Dans le cas où la sécrétion d’ocytocine provoquerait une réponse-réflexe de fuite ou de combat, il faudrait proposer une prise en charge semblable aux prises en charge des syndromes de stress post-traumatique, en apprenant à la mère à associer le réflexe d’éjection à des sensations positives, et à le dissocier de réponses au stress. Il faudrait alors rechercher ce qui aurait pu causer un stress important et mal assimilé chez la mère avant ou après la naissance, parfois bien avant, et mettant en lien l'allaitement avec un événement si stressant que la mère n'aurait pour réponse que la fuite ou le combat (voir la vidéo en bas de page pour en savoir plus sur cette hypothèse - en anglais). De plus, la mère aurait alors d'autant plus besoin d'un environnement sécurisant


Si vous pensez souffrir d’un RED, contactez un.e professionnel.le formé.e à la lactation, tel.le qu’un.e consultant.e en lactation (IBCLC ou DIULH), et entourez-vous de personnes bienveillantes formées et informées qui sauront vous soutenir.


Sources :

- La Leche League

- D-mer.org

- Vidéo de Kathleen Kendall-Tackett:


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